Découverte du Kamtchatka

Découverte du Kamtchatka

Histoire

Plusieurs générations de russes (explorateurs cosaques, industriels, navigateurs et savants) ont oeuvré à la découverte et l’étude du Kamtchatka ainsi que du nord-est de l’Asie et du nord-ouest de l’Amérique.

Les explorateurs Simon Dejnev, Vladimir Atlasov, les navigateurs Vitus Béring et Alexeï Chirikov, Grigori Chelikov, Gavriil Sarytchev, Ivan Fedorovitch Krouzenchtern et Vassili Golovnine, l’académicien Stepan Kracheninnikov font partis de ceux qui ont écrit les grandes pages des découvertes géographiques russes.

Découverte du Kamtchatka

Durant l’été 1648, une flottille de sept corsaires, commandée par Simon Dejnev, partit du fleuve Kolyma, situé sur l’océan Glacial Artique, navigua en direction de l’océan Pacifique. Elle s’est trouvée prise dans une violente tempête près des côtes orientales de la Tchoukotka. Le corsaire de Simon Dejnev fut jeté sur le rivage.

Simon Dejnev parvint, avec le reste de son détachement, au cours moyen de la rivière Anadyr (Tchoukotka) en 1649 où il établit un lieu d’hivernage qui devint par la suite une forteresse qui permit l’exploration plus profonde de l’immense territoire du nord.

En 1697, Vladimir Atlasov, avec un détachement de la forteresse Anadyr, fit marche sur le Kamtchatka. En l’espace de deux ans il explora profondément toute la côte occidentale jusqu’au cap Lopatka, fonda quelques lieux d’hivernage, y compris la forteresse de Verkhni-Kamtchatki et en 1699 revint à Anadyr. De là, il partit pour Iakoutsk (Iakouti) puis Moscou. En 1707, il revint au Kamtchatka et accepta la gestion des forteresses  de Verkhne et Nijni-Kamtchatki (du haut et bas Kamtchatka). Vladimir Atlasov fût tué lors d’une révolte de cosaques en 1711 dans la forteresse de Nijni-Kamtchatki.

Sur un affluent du fleuve kamtchatka, la rivière Krestovaïa, non loin du village de Kloutchi, une croix pentecôstiste en bois de deux mètres de haut fût érigée en 1697 en mémoire de Vladimir Atlasov et de 50 de ses compagnons. Elle a été restaurée en 1959.

Grâce à Vladimir Atlasov le Kamtchatka a été rattaché à la Russie. De plus, de part ses écrits, il laisse une foule d’informations précieuses sur les moeurs et coutumes des habitants ainsi que sur la géographie du Kamtchatka. Il transmet également des informations sur la Tchoukotka, les îles Kouriles, mentionne aussi le Japon et l’Alaska.

Il fût le précurseur des grandes expéditions géographiques dans l’océan Pacifique qui conduisirent les navigateurs russes près des côtes de l’Amérique du Nord, des îles Kouriles, Komandorski (ou du Commandeur) et Aléoutiennes. Pierre le Grand, qui lit les écrits de Vladimir Atlasova, s’en inspira  pour la première et deuxième expédition au Kamtchatka.

La Russie, au début du XVIIIe siècle, malgré le fait qu’elle soit une puissance navale, connaissait encore peu les océans qui bordaient ses côtes et ses frontières nord-est étaient donc mal cartograohiées. C’est dans ce but, mais également dans celui de découvrir des terres encore inconnues, de commercer avec d’autres pays de l’est que Pierre Ier publia un décret sur l’organisation d’une expédition permettant l’étude de l’océan Pacifique et la confirmation  de la présence du détroit entre l’Asie et l’Amérique découvert en 1648  par Simon Dejnev.

Première expédition au Kamtchatka

Vitus Bering

Vitus Bering

Le chef de cette périeuse expédition ne fût autre que le danois Vitus Béring, Ivan Ivanovitch pour les Russes, qui servait depuis longtemps dans la marine de  Pierre le Grand. Il eut comme assistant Alexeï Ilitch Tchirikov, spécialiste de l’océan Pacifique.

Les membres de l’expédition quittèrent la Néva en 1725 et après avoir surmonté moult difficultés arrivèrent par la terre à Okhotsk (kraï de Khabarovsk), traversèrent la mer d’Okhotsk jusqu’au Kamtchatka où ils gagnèrent la forteresse de Nijni-Kamtchatki, en 1728. Ils construisirent alors un navire, le Saint Gabriel, avec lequel ils prirent la mer au mois de juillet.

Cette expédition se révéla être un semi-échec car si Vitus Béring naviguant vers le nord de la péninsule du Kamtchatka en vint à ne plus voir de terre et révéler ainsi la présence du détroit, en revanche, il n’atteignit pas à cette occasion les côtes de l’Amérique.

Deuxième expédition au Kamtchatka

En 1732, on décida d’organiser une deuxième expédition, avec toujours à sa tête Vitus Bérig et  Alexeï Ilitch Tchirikov. Elle devait permettre l’examen de toute la côte nord du continent asiatique, d’Arkhangelsk au cap de la Tchoukotka, l’exploration des eaux de l’océan Pacifique, la navigation vers les bords nord-ouest du continent américain, l’étude du Kamtchatka ainsi que la recherche d’une voie maritime vers le Japon et la Chine.

Près de 3 000 personnes participèrent, de près ou de loin à cette expédition ce qui en fit une des plus importantes de toute l’histoire de l’humanité.

En 1734, Vitus Béring gagna Tobolsk puis Iakoutsk, où il séjourna trois années nécessaires à la préparation de l’expédition, puis se rendit à Okhotsk.

Deux navires prirent enfin le large à Okhotsk en 1740, le Saint Pierre et le Saint Paul. Ils atteignirent  la côte orientale du Kamtchatka. Du côté de la baie d’Avacha, ils mouillèrent dans un golf où ils établirent leur lieu d’hivernage qui devait par la suite, en l’honneur de l’expédition, porter le nom de «port de Pétropavlovk» et devenir la future capitale du Kamtchatka.

En juin 1741, le Saint Pierre commandé par Vitus Béring, âgé alors de 60 ans, et le Saint Paul, commandé par Alexeï Tchirikov, mirent le cap sur les côtes américaines, ils furent ainsi les premiers européens à réaliser cette traversée.

Quelques semaines  plus tard, les deux bateaux, en raison de tempêtes et d’un brouillard épais, se perdirent de vue et malgré plusieurs tentatives ne parvinrent pas à se réunir, ils continuèrent leur route séparément.

Au mois d’octobre de la même année, le Saint Paul rejoignit le port de Pétropavlovk en ayant réussi sa mission.

Le Saint Pierre, quant à lui, avait également atteint la côte sud de l’Alaska dès la mi-juillet, mais Vitus Béring, malade, ne débarqua  pas sur le rivage tant désiré et le navire reprit sa route deux jours à peine après son arrivée.

Il fit provision d’eau douce sur l’île de Kayak (golf de l’Alaska) et poursuit difficilement sa progression.

Les réserves d’eau douce s’épuisèrent rapidement et le scorbut se propagea  parmi les membres de l’équipage.

Fin août, le Saint Pierre fit escale dans un archipel non loin des îles Aléoutiennes. Si les marins rencontrèrent la population locale, les Aléoutes, ils durent aussi enterrer un de leurs compagnons, Niquita Choumaguine. En sa mémoire, Vitus Béring donna son nom à ce chapelet d’îles : les îles Shumagin.

Sur la route du retour, le vaisseau se trouva être pris au piège des éléments et pendant près de deux mois vogua presque sans maître à la barre, Vitus Béring trop malade pour le diriger.

Début novembre 1741, les hommes aperçurent une terre qu’ils crurent et espérèrent être le Kamtchatka sur laquelle ils accostèrent. Malheureusement pour eux, ce n’était qu’une île. Pendant une tempête, l’ancre arrachée, le bateau finit contre les récifs. Cet évènement ne fût pas si dramatique qu’il aurait pu l’être, car on parvint à débarquer les malades, le reste des vivres ainsi que l’équipement. Il n’en reste pas moins que durant les semaines qui suivirent une trentaine de marins dont Vitus Béring lui-même (le 19 décembre 1941) périrent. L’île, l’archipel auquel elle appartient ainsi que la mer qui le borde furent nommés plus tard respectivement : île Béring, îles Komandorski et mer de Béring. En 1991, on retrouva sa tombe et l’on transporta ses restes à Moscou. Une équipe de médecins légistes les examinèrent et réussirent à recréer son physique. Ils ont également mis en évidence le fait qu’il ne serait pas mort du scorbut, comme on l’a longtemps cru, mais d’une autre maladie.

Pendant l’été 1742, les marins qui survécurent à ce périple réalisèrent une petite embarcation à partir de l’épave du Saint Pierre qui porta le même nom. Grâce à elle, ils  parvinrent à rallier le Kamtchatka.

La deuxième expédition au Kamtchatka occupe dans l’histoire une place prépondérante. Elle permit de clarifier les frontières est de la Russie, de créer la ville de Petropavlovsk, l’étude des îles Kouriles, d’atteindre la côte nord-est de l’Amérique et la découverte des îles Aléoutiennes et Komandorski.

Si une mer, une île, un détroit et un archipel porte le nom de Vitus Béring, plus de deux cents autres points géographiques (golfs, caps…) honorent la mémoire des courageux marins russes qui ont permis le succès de cette expédition.

Carte expédition au Kamtchatka

L’exploration du Kamtchatka

Au nombre des membres éminents qui ont participé à la deuxième expédition au Kamtchatka, on compte Stepan Kracheninnikov, explorateur et géographe russe, qui entre 1737 et 1741 a étudié le Kamtchatka a plusieurs reprises dont certaines d’entres elles pouvaient durer entre cinq et sept mois. Son intérêt s’est porté sur tout ce qui composait l’île : les volcans, les sources chaudes, les rivières, la faune et la flore. Il s’intéressa également à la population locale (les Itelmènes et les Koriaks), leur mode de vie ainsi que leur langue, allant jusqu’à concevoir de petits dictionnaires. Il notait scrupuleusement toutes ses observations qu’il compila plus tard dans un ouvrage appelé «description de la terre du Kamtchatka» qui est maintenant un des classiques de la littérature mondiale géographique.

Au XIXème siècle, plusieurs autres navigateurs, explorateurs ou voyageurs ont poursuivi les travaux de Stepan Kracheninnikov dont les navigateurs Johann Adam von Krusenstern, Vassili Golovnine, Fiodor Litke, Otto von Kotzebue, les géologues et géographes George Adolf Erman, Woldemar Friedrich Carl von Ditma, l’historien Alexandre Stepanovitch Sgibniev…

Un 1908-1909 la société russe de géographie lança une expédition sur l’étude du Kamtchatka et Vladimir Leontievitch Komarov, botaniste russe qui y participa, rédigea un ouvrage «voyage au Kamtchatka en 1908-1909» qu’il termina par ces mots :

«Pour moi, le souvenir du Kamtchatka est lié pour toujours au paysage doux et harmonieux du début de l’été, avec le tableau majestueux des cônes des volcans, avec un intérêt profond pour les phénomènes qui s’y rattachent, avec une grande sympathie envers les aborigènes indépendants de ce pays… Je ne peux inventer meilleure fin pour ce livre comme d’exprimer le souhait pour que leur sort s’améliore».

Crédits photos

Nous remercions les auteurs des photos et propriétaires des droits qui nous ont permis d’illustrer cet article. Vous pouvez consulter leurs pages internet en cliquant sur les liens correspondant aux photos.

Wikipédia Wikipédia

 

18 commentaires

  1. Merci sur toutes ces précisions, Béring, avant lecture de cette article, se résumait pour moi au nom d’un détroit.

Et si nous partagions un instant ?

Cet article a été créé dans le but de vous offrir le maximum de renseignements sur le Kamtchatka et satisfaire ainsi votre curiosité. Nous avons mis tout notre coeur à sa rédaction, en espérant qu’il retienne tout votre intérêt et vous donne envie de fouler cette terre du bout du monde exeptionnelle. Faites nous part de vos impressions, de vos avis, de vos questions, nous serons heureux de vous lire et d’échanger avec vous. Consacrez-nous un peu de temps, cet espace vous appartient !